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L’innovation : Au-delà des prouesses technologiques, les questions éthiques et philosophiques

Aujourd’hui, on considère souvent les percées de l’innovation comme des bouleversements techniques, factuels, déconnectés de toute autre dimension que la très restrictive et sacro-sainte Technologie.

Pourtant, derrière certaines de ces avancées les questions philosophiques sont nombreuses et vertigineuses.

Prenons un exemple et déroulons la pelote : Et si DEMAIN nous accédions à l’immortalité par reproduction des connexions neuronales sur support numérique ?

Une première question de taille : le transhumanisme

Une fois passé par ce processus, l’Homme ainsi « téléchargé » est-il toujours un être humain ? Le résultat pose la question de la définition de l’être humain : est-ce un corps, avec toutes ses composantes organiques, ou alors un esprit ? Est-ce l’association des deux ?

Et puis quelle définition pour l’esprit si l’on peut le reproduire en cartographiant ses connexions neuronales ? Cela suffit-il à copier l’esprit, ce concept central des religions, de la philosophie, de l’appréhension qu’à l’Homme de lui-même ?

Pour varier sur ce débat sans fin, doit-on plutôt définir l’Homme par sa capacité à influencer directement et rapidement sa propre évolution ? C’est en tout cas une première pour un être vivant, en l’état de nos connaissances au moins.

Toutes ces questions sont liées au concept du transhumanisme, qui est lui-même la déclinaison récente d’interrogations spirituelles et philosophiques millénaires chez l’Homme.

C’est un sujet qui fait rêver depuis la nuit des temps : dans la mythologie grecque les dieux sont représentés comme des êtres hybrides, ayant toutes les caractéristiques anthropomorphiques de la race humaine mais doués de pouvoirs extraordinaires et d’immortalité.

Sans être grand connaisseur de la philosophie de Nietzsche, il semble qu’au travers des concepts de la Volonté de Puissance et de Surhomme, le philosophe nous parle aussi de la nature humaine à se transcender, à accéder à un état supérieur par la seule force de son esprit.

Idem dans le concept du cyborg, émergeant dans les années 60 et devenu un incontournable de la science-fiction, et maintenant de l’anticipation, puisque nous n’en sommes plus si loin. L’homme cyborg, l’augmentation des capacités organiques humaines au travers de greffons technologiques (mécaniques, cybernétiques…) n’est-il pas aussi un moyen de dépasser les limites physiques de l’Homme ? Et l’on revient à la question originelle : sera-ce encore vraiment un Homme ? Et, question paradoxale, cela a-t-il une réelle importance ? 

Une deuxième question passionnante : l’immortalité

Cela pourra sembler évident à certains. Pourtant la question mérite d’être posée : en tant qu’êtres humains, voudrions-nous vraiment être immortels ? La réponse, je vous l’assure, n’est pas si évidente.

La toute jeune mythologie vampirique a exploré le sujet, au travers des thématiques de l’ennui et du sens qu’apporte à la vie sa finitude.

De même dans le Frankenstein de Mary Shelley, où la créature du docteur est frappée d’une solitude extrême, d’un rejet qu’elle sait éternel puisque le « monstre » est immortel. C’est un paradoxe étonnant : y aurait-il du sens à vivre si vous étiez immortel ?

Et dans le cas où l’homme « téléchargé » reste vivant, comment définir la relation avec sa copie numérique ? Immense question d’éthique et de philosophie : est-ce une copie ou un être à part entière ?

Par là-même, l’Homme « téléchargé » accède-t-il lui-même à l’immortalité ou donne-t-il vie à un être immortel ?

L’acte de transfert est-il une mort, une naissance, une transformation (larve/chrysalide/papillon) ? En effet, la copie numérique serait identique en tout point. Mais sera-t-elle pour autant semblable dans sa substance, au sens ontologique du terme ?

Tout cela est bien décousu et bref, vu l’immensité du sujet. Mais c’est bien cette profusion désordonnée de questions fondamentales que je souhaite mettre en avant. Derrière l’innovation technologique, il y a l’innovation éthique et philosophique. De brillants penseurs se penchent sur ces questions depuis toujours, encore aujourd’hui, et certainement DEMAIN. Mais c’est à nous, aussi, d’y réfléchir. Car l’innovation telle qu’elle est vécue aujourd’hui, comme consommateur de nouvelles technologies, est absolument passive.

Et je crois que l’avenir d’une innovation de rupture, de progrès et de merveilles ne se réalisera que si nous en devenons les acteurs, les penseurs, les sages. 

Lake P. von Pi
Réfléchir, c'est d'abord accepter que l'on ne sait pas. Puis tenter de se faire un avis pertinent, peut-être, et personnel, certainement.
L'innovation est une discipline propice à cette exercice de remise en question permanente.
C'est à la fois une violence et un plaisir que l'on se fait. L'innovation comme état d'esprit est-elle une forme de masochisme ? Qui sait...

One thought on “L’innovation : Au-delà des prouesses technologiques, les questions éthiques et philosophiques

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